Entrevue avec David Jalbert

Article par Annabelle Lacroix

David Jalbert célébrait ses douze ans de carrière en 2020. Pour fêter l’occasion, l’auteur-compositeur-interprète lançait son sixième album « Le doigt d’honneur ». Espace Country a eu la chance de discuter avec lui de cette nouveauté et de sa carrière en général.

Ta carrière a réellement explosé en 2008 avec l’extrait Souvenirs d’enfance. Comment as-tu réagi face à ce succès instantané?

Quand j’ai lancé mon premier album, j’étais jeune et j’étais beaucoup dans l’ambition d’un début de carrière. Je visais haut. Ça a explosé vite, mais on dirait que c’était jamais assez. Je n’arrivais pas à apprécier le moment présent. Il y a eu d’autres moments après que ça a monté même plus haut que Souvenirs d’enfance avec P’tit homme et Voyage qui a gagné le prix de la SOCAN. […] Mais, j’étais tellement occupé à viser encore plus haut et à laisser ma trace dans mon métier à travers mes ambitions de jeune rêveur, que j’oubliais d’apprécier que c’était peut-être la plus haute marche du podium que j’allais avoir.

Au printemps dernier, après douze ans de carrière, tu lançais « Le doigt d’honneur», ton sixième album en carrière. Peux-tu nous en parler un peu plus?

Le doigt d’honneur, c’est un album qui m’a aidé à me retrouver énormément. Pendant un laps de temps après le troisième album, j’ai perdu contact avec une certaine réalité. Dans mon écriture, ça ne me tentait plus d’aller aussi loin, d’être transparent et d’être moi-même. Je suis tombé un petit peu plus dans le style « caricature » et un peu plus censuré dans mes chansons. J’étais beaucoup plus habile, mais beaucoup moins vrai. Mais l’habileté et les mots du cœur, c’est deux mondes. J’avais perdu un petit côté « senti », un côté vrai. C’est arrivé suite au cancer stade quatre de mon neveu de sept ans. Je me suis un peu réfugié à l’intérieur et je gardais les choses pour moi pour éviter qu’on me pose des questions sur ce qu’on traversait chez nous. Et ça m’a pris deux albums avant de retrouver mes armes. 

Avec cet album, tu retournes donc à la source?  

Oui, à l’essence-même qui m’a donné le goût au tout début d’aller vers de la musique folk, « bord de feu » et chansonnier. Ce qui m’a donné le goût de faire chanter les gens. Ce qui me nourrissait en début de carrière, c’était de créer un peu des hymnes du peuple qui parlent du quotidien et que les gens pourraient s’approprier sur le bord du feu. De faire un genre de Beau Dommage d’aujourd’hui et je l’avais perdu ce sens propre-là de mon métier. J’allais en tournée à reculons, j’avais moins envie de ce métier-là, je tripais plus sur les voyages que sur la musique, mais beaucoup par blessures. Et pour cet album, après un voyage à Amsterdam, j’ai réalisé que j’avais des choses à changer dans ma vie pour retrouver ça. J’ai fait un genre de petit Compostelle personnel. Je suis allé au cimetière parler avec mes grands-parents, j’ai fait la paix avec bien des petites blessures entre 2012 et 2020. J’ai écrit cet album-là en genre deux semaines! Après, je suis allé racler le terrain à mon père au mois d’octobre et on s’est jasé pendant trois jours des déceptions d’adultes et du fait de ne pas être capable de faire face aux faiblesses. On aime ça l’humain, se voir fort et on accepte mal qu’on puisse être fort et faible. Mais, ça fait partie de l’être humain et d’accepter ça un moment donné, ça fait du bien. Apprendre à se décevoir, je pense que c’est le plus beau cadeau qu’on puisse se permettre pour se délier les mains et pour être un peu moins en prison avec soi-même.

Que voulais-tu dire avec ce titre?

Le doigt d’honneur, c’est d’être soi-même. C’est d’envoyer un peu promener tout ce que les gens peuvent penser. De ne pas faire des choses pour sa page Facebook et pour l’opinion publique, mais de le faire pour soi-même. Le doigt d’honneur, c’est prendre possession de qui tu es vraiment.

Tu as lancé l’album le 27 mars dernier, en plein début de pandémie. Pourquoi as-tu décidé d’aller de l’avant malgré la situation que l’on vivait à ce moment?

Le confinement et la fermeture de presque tout ont été annoncés le 12 mars et moi, je lançais le 27 mars. Il fallait donc prendre une décision dans les heures ou les jours à venir. Puisque tout fermait, je me demandais si les gens allaient avoir besoin de plus de musique. De toute façon, je ne crois plus beaucoup aux ventes physiques, donc je me suis dit qu’au lieu de priver les gens, alors qu’ils ont besoin de musique plus que jamais, peut-être qu’on pourrait se servir du fait que tout le monde est là pour écouter et de la tribune que ça donne. 

En parlant de pandémie, on peut voir sur tes réseaux sociaux que tu redonnes beaucoup à ta communauté, que ce soit par tes paniers de Noël, par tes nombreux Live ou simplement par tes mots empreints d’espoir face à cette pandémie. C’est important pour toi de redonner comme ça?

Oui, j’aime ça! D’ailleurs pendant trois mois après le début de la pandémie, de mars à juin, j’ai fait douze semaines à l’épicerie comme bénévole. Je préparais les paniers pour les personnes âgées pour ne pas qu’elles payent des frais supplémentaires pour les commandes en ligne et les livraisons. Moi, j’ai besoin de faire ça et surtout en ce moment. Y’a des fois où je me suis battu contre les incohérences et les injustices, j’ai besoin d’être militant dans la vie. Mais, plus que jamais depuis le couvre-feu, je ressens que l’anxiété des gens leur fait perdre contact avec la réalité. Il y en a de plus en plus qui sombrent dans la paranoïa parce qu’on est dans l’inconnu. Donc, j’essaie de rationaliser les gens en disant que probablement, on n’a pas vécu ça, mais les gens qui ont vécu la grippe espagnol avaient cette même perte de contact. Je ne veux pas qu’on sombre là-dedans parce qu’on est sur le final. C’est ma petite contribution, je me dis que je vais essayer de reconnecter les gens.

Récemment, tu as formé un duo punk-rock avec Marc-André Rioux du groupe Lendemain de veille nommé 3 balles, 2 prises. D’ailleurs votre EP « Partis pour la gloire » sera lancé le 29 janvier prochain. Comment tout ça a commencé?

Chaque année, j’organise le concours Chansonnier du sud qui revient d’ailleurs cette année, mais qui a été reporté à plus tard. Ça risque d’être en 2022 si ça continue! Ha Ha! Donc, j’organise ce concours chaque année et Marc-André était candidat et il avait, selon moi, une longue avance sur tout le monde, même si je ne suis pas juge. Après le concours, il est venu me voir et il m’a dit qu’il adorait chanter du country et du folk, mais que dans la vie, quand il était jeune, il faisait du punk et qu’il était même drummeur! Il m’a aussi dit qu’il s’ennuyait de jouer de la batterie et il m’a demandé si je voulais faire un band avec lui. Deux semaines après, j’avais déjà deux chansons! Et trois semaines après, j’en avais trois. […] On a d’ailleurs envoyé le EP aux radios dernièrement et on a reçu de belles réponses positives de grosses stations. 

C’est impressionnant d’avoir réussi à monter ce projet en si peu de temps et d’avoir d’aussi belles réactions, surtout pour du punk-rock!

Oui! C’est comme si on avait trouvé le bon angle pour être assez commercial même en faisant du punk. […] On est un peu comme Georges St-Pierre et le UFC : les matantes nous écoutent, mais on joue du punk! Elles ne s’en rendent pas compte! Ha ha! C’est un peu comme avec ma carrière solo. J’aimais énormément le country quand j’étais jeune, mais on n’avait pas la vague qu’on a aujourd’hui. Les gens associaient ça au western et dans leur tête, tout sonnait comme du vieux Renée Martel. Mais moi j’aimais ça. Donc, dans mes chansons, j’en mettais toujours. Mais vu que je chantais du pop, ça ne paraissait pas que c’était du country! Les gens ne s’en rendaient pas compte, mais ils écoutaient un album à ¾ country! J’adore le country depuis que je suis tout petit en fait! C’est ma musique! C’est pas pour rien que j’ai eu Matt Lang sur mon show pendant deux ans comme artiste invité.

Justement, d’où vient ton amour pour le country vu que ce n’était justement pas la mode quand tu étais jeune? 

Moi-même quand je jouais du punk quand j’étais jeune, je cherchais les chanteurs qui avaient un petit son country dans leur voix comme Billie Joe [Armstrong du groupe Green Day]. Il a toujours eu un petit côté country vocal quand tu écoutes les fill qu’il fait dans Wake Me Up When September Ends, par exemple. […] J’ai toujours aimé ce côté-là et ça vient probablement de mon père. Il est musicien et il nous jouaient beaucoup de musique comme Renée Martel et Marcel Martel. Moi, je tripais sur la chanson Stewball sur un moyen temps quand j’étais jeune! Je rêverais un jour de faire un vrai de vrai album western ultra quétaine, mais vrai! Moi, ça me parle! 

Tu as souvent pris de jeunes artistes sous ton aile pour le début de leur carrière, dont entre autres Matt Lang et le duo Bronko. Quand tu regardes leur succès aujourd’hui, de quoi es-tu le plus fier?

J’ai toujours vu la musique comme une game où on se lance la balle l’un et l’autre et par le fait même, tu restes. J’ai toujours pensé que les gens qui n’avaient pas cette philosophie étaient appelés à disparaître du milieu. Il peut y avoir une certaine amertume quand ce n’est plus à ton tour d’être au sommet. Ça m’est arrivé avec Souvenirs d’enfance. Un moment donné, il y a des années où je pogne moins, que j’attends sur le banc et que c’est au tour aux jeunes d’y aller! […] Mon intérêt pour la nouveauté et la relève est la raison de ma continuité. Je pense que quand tu t’en vas bouder à l’ombre, il ne te reste plus rien, mais quand tu donnes de la lumière aux autres, par le fait même, leur succès t’envoie du soleil. C’est pas pour ça que je le faisais parce qu’avant tout, j’étais une groupie de ces talents-là. Je capote sur Matt Lang et sur Bronko! Donc, avant tout, je les aime! […] Quand tu as cette passion-là, de ne pas être juste autour de ta carrière, mais des autres aussi, ça te fait perdurer.

En 2015, tu as lancé ton propre label Goliath Musique. Quelle est la différence entre David Jalbert, l’auteur-compositeur-interprète, et David Jalbert, le producteur?

Je pense que je n’ai jamais su la différence à vrai dire! Pour être franc, j’ai toujours agi comme maintenant même avant d’être producteur avec mon propre label. J’ai toujours eu ce feu sacré. […] Depuis le jour un, j’ai dit à mon producteur que si un jour il ne voulait plus de moi ou si il prenait sa retraite, je voulais qu’il m’enseigne comment faire ça. C’était dans les plans! […] 

Goliath, c’est parce que j’ai la foi quand même beaucoup. Je ne suis pas à l’Église tous les dimanches, mais je trouve que c’est un héritage que mes parents m’ont donné et j’ai toujours trouvé ça important de garder la foi près de mes affaires. J’ai toujours pensé que mon don d’écriture venait d’ailleurs et qu’il fallait que je m’en serve pour améliorer l’être humain. Donc, Goliath Musique, ça vient de David et Goliath.

Apprendre à se décevoir, je pense que c’est le plus beau cadeau qu’on puisse se permettre pour se délier les mains et pour être un peu moins en prison avec soi-même.

QUESTIONS EN RAFALE

Qu’aimes-tu le plus de ton métier?

Écrire des chansons et faire du studio. Ça a changé avec le temps.

De quoi t’ennuies-tu le plus depuis le début de la pandémie?

Les spectacles!

Quelle chanson ne te lasseras-tu jamais d’écouter?

Imagine [de John Lennon]!

Qu’est-ce qui te rend le plus heureux?

Mes enfants, ma famille.

Décédé ou vivant, avec qui rêves-tu de monter sur scène?

Lennon ou Charlie Chaplin!

Pour terminer, que peut-on te souhaiter pour la suite?

Que mes bons coups soient devant et non derrière! […] Et j’aimerais être auteur jusqu’à ma mort! C’est ce que je désire le plus. Après ça, faire le tour du monde, c’est sur ma bucket list. Depuis des années, on partage beaucoup de notre vie privée avec le public, mais les voyages, c’est quelque chose qui appartient seulement à ma femme et à moi. Ça fait 21 ans qu’on est ensemble et on a eu plein de blessures. J’ai eu des années où je me suis perdu, mais ça, c’est à nous autres. 

Pour suivre les actualités de David Jalbert, rendez-vous sur sa page Facebook en cliquant ici.