Entrevue avec Patrick Norman

L’année dernière, Patrick Norman célébrait ses 50 ans de carrière et, par le fait même, nous offrait son 33e album « Si on y allait ». Enregistré à Nashville, celui-ci connaît un franc succès partout au Québec. Espace Country a eu la chance de lui parler pour discuter de sa carrière et surtout, pour prendre de ses nouvelles.

 

Tout d’abord, j’aimerais savoir comment vous allez malgré la pandémie?

Je dirais que je vais relativement bien. C’est certain qu’on est moins libre qu’on l’était avant, mais vu que j’étais toujours parti à cause de mon métier, je n’avais jamais le temps de m’occuper du paysagement de ma maison. Mais, depuis la pandémie, je suis beaucoup plus chez moi […] alors on a décidé d’agrandir notre terrain de jeu et d’installer un jacuzzi, un bain thérapeutique, un bain de vapeur… On s’est installé comme il faut pour se faire notre petit resort à nous. Ça s’appelle le Lord-Norman! Ha ha!

Vous avez ainsi pu en profiter pour vous reposer un peu et pour découvrir de nouveaux intérêts? 

Me reposer… Je fais rien que ça! Ha Ha! Mais oui, je découvre de nouveaux intérêts! Je m’amuse beaucoup à cuisiner depuis un bout. J’ai même commencé à faire du pain. On ne donne plus de spectacles comme avant et c’est pour ça qu’on fait tout le reste : entrevues, disques, télévision… C’est pour se faire connaître du public et pour en arriver sur une scène! C’est là qu’est notre récompense. Au moins, on garde contact à travers les réseaux sociaux et on essaie de tirer notre épingle du jeu.

L’année dernière, vous avez lancé l’album Si on y allait. Pour votre 33e album en carrière, vous avez décidé de vous faire un beau cadeau en passant 10 jours à Nashville pour l’enregistrement. Comment avez-vous vécu votre expérience?

Ah… Nashville! Ça faisait plusieurs voyages que je faisais là parce que c’est la mecque de la musique, et pas seulement de la musique country. C’est la mecque de la musique point. Il y a des grands jazzmen, du blues, du country, du rock and roll. Il y a plein d’artistes et de musiciens extraordinaires qui n’attendent que d’être découverts. Nashville, je pourrais comparer ça à Hollywood en Californie. Ce sont tous des acteurs et des actrices qui veulent se faire découvrir, mais en attendant, et pour payer le loyer, ils ont d’autres emplois. Ils se débrouillent pour faire ce qu’ils veulent. Ils sont tous des acteurs en devenir. C’est la même chose à Nashville sauf que ce sont des auteurs, des performers, des chanteurs, des musiciens. Alors, ils espèrent tous. Mais la compétition est tellement féroce. [..] Ce sont tous des musiciens hallucinants! J’ai eu la chance de mettre la main sur Brent Mason et Bryan Sutton aux guitares, Matt Rollings au piano et aux claviers. Ce sont des musiciens absolument gentils en plus. Ils accompagnent les Willie Nelson et les Shania Twain de ce monde. Ce sont des carrières internationales! Ils sont gentils et ils jouent sur mon album. C’est accessible!

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Comment s’est passé l’enregistrement?

Au départ, je voulais 12 chansons, bien évidemment, mais je voulais quand même garder quelques-unes de mes anciennes chansons. Comme « Quand on est en amour », je voulais voir comment elle sonnerait à Nashville! Et s’il faut bien enregistrer une « guitare de Jérémie » en quelque part, c’est bien à Nashville! J’ai donc envoyé six de mes chansons connues et six nouvelles. Mais eux, là-bas, ils n’ont aucune idée de qui je suis. Ils ne connaissent pas Patrick Norman. Alors, c’est 12 nouvelles chansons pour eux. Ils n’ont pas subi l’influence du hit. Ils ont fait ça à partir de ma guitare et de ma voix parce que j’ai fait les 12 chansons tout seul avec ma guitare dans un micro. C’est ce que je leur ai envoyé. Je voulais partir du noyau. C’est incroyable ce que les gars ont fait et où ils ont amené ma musique. Je veux que Robby Johnson sache à quel point je le remercie. À travers son épouse, c’est lui qui m’a mis en contact avec Julian King [réalisateur, directeur technique et codirecteur musical]. Il a des centaines de millions d’albums à son actif. Ce sont des grosses pointures!

Tout récemment, vous avez remporté l’album country de l’année au Gala de l’ADISQ ainsi que trois prix au Gala country, dont celui de la chanson de l’année pour « La Gibson de mon père ». D’où vient l’histoire derrière celle-ci?

Je jasais avec Dany Boudreault et je lui ai raconté mon enfance et mon parcours. J’avais environ 17 ans quand j’ai été voir les Everly Brothers en spectacle dans les années 1965-66 à l’Hôtel Central de Chomedey à Laval. Il y avait aussi les Platters, Fats Domino et Neil Sedaka. Ce sont des grosses vedettes. J’ai complètement disjoncté quand je les ai vus! C’est là que j’ai commencé à prendre goût aux spectacles. Ça m’a jeté à terre! Et dans ces mêmes années-là, j’ai mis la main sur une Gibson, une “Dove”. Et puis, je ne m’en servais pas beaucoup parce que je jouais avec ma guitare électrique en band et je l’ai donné à mon père. Je l’ai récupérée à son décès. Et c’est sur cette même guitare que j’ai composé « Quand on est en amour ». J’ai raconté cette histoire à Dany Boudreault et le lendemain après-midi, il m’est arrivé avec la chanson de l’année : « La Gibson de mon père ». Ça voyage loin la musique, ça n’a pas de frontières, c’est magique. […] Dany Boudreault, c’est dur à battre! Ce gars-là est extraordinaire. C’est un de mes amis, mais au-delà de ça, j’ai une admiration sans borne pour lui. C’est un compositeur riche et profond.

Et puis, qu’est-ce que cette reconnaissance de l’industrie et du public signifie pour vous après 50 ans de carrière?

C’est le fun de savoir que j’ai finalement trouvé ma place. Avec le public, ça s’est fait plus vite parce qu’on était sur le terrain ensemble et on évoluait ensemble. À cette époque, je travaillais surtout dans des cabarets dans des conditions plus ou moins faciles. Les gens qui sont là ne viennent pas nécessairement pour toi. Ils viennent pour s’amuser et pour bien manger. J’ai vécu cette période-là pendant une bonne dizaine d’années. Plus j’étais là et plus les gens venaient pour moi et pour m’entendre. Ils arrivaient avec leurs demandes spéciales aussi. J’ai alors réalisé que j’avais quelque chose à offrir. C’est quand je suis arrivé dans le milieu que ça a été plus difficile. On me regardait de haut, je ne faisais pas partie de la « clic ». Et puis, on me tassait facilement, on se moquait de moi beaucoup. J’étais le roi des quétaines! Je le suis toujours d’ailleurs! Et j’en suis très fier!

Il y a tout juste quelques semaines, vous lanciez votre livre « Patrick, Yvon et vous » qui nous dévoile l’homme derrière la personnalité publique. Comment avez-vous amorcé cette réflexion?

Pour célébrer 50 ans de carrière, j’ai commencé à lancer l’idée de faire un livre. Mon entourage disait qu’il serait temps que je le fasse. Je ne sais pas si cette idée vient réellement de moi ou de mon entourage. J’avais tendance à dire que je n’avais pas grand chose à raconter… Mais un coup que je me suis mis à fouiller, ça a été différent. Il y a des bouts où ça a été rigoureux et pénible, d’autres ont été le fun. Mais souvent, c’était très nostalgique. Tu te rappelles des belles choses et des mauvaises choses, mais tu te rappelles toujours. […] Et finalement, quand le livre a été terminé, je me suis dit que finalement, j’avais des affaires à raconter. Je voulais témoigner que je suis un être humain avec les qualités de mes défauts et les défauts de mes qualités.

Dans un tout autre ordre d’idée, au printemps dernier, vous et votre épouse Nathalie Lord avez offert une reprise de votre grand succès « Quand on est en amour » sur vos réseaux sociaux. Nathalie a soigneusement réécrit les paroles pour livrer un beau message d’espoir au public durant les temps plutôt difficiles. La vidéo cumule aujourd’hui plus de 1,8 millions de visionnements et plus de 19 000 mentions « j’aime ». Vous attendiez-vous à cette viralité?

Jamais de la vie! Nathalie, c’est une femme au grand cœur et elle pense beaucoup aux autres, et moi aussi d’ailleurs. On pense beaucoup à ceux qui sont seuls. On n’a pas tous les mêmes moyens et on n’a pas tous les mêmes installations. On a fait une couple de soupers [virtuels et en direct] et, des fois, en quelques heures, on atteignait les 140 000 vues, juste pour des chansons instrumentales! Et quand on enregistrait des chansons, on frappait les 250 000 vues. On a vu qu’on pouvait partager des choses avec les réseaux sociaux. On a donc continué. Le premier [live] qu’on a essayé  de faire, on ne savait même pas comment procéder et ça a duré 4h! Imagine! Il y a des gens qui sont restés tout le long! On a fait une recette, il y avait de la musique. On a même dansé Nathalie et moi. On s’est fait un petit party avec le monde qui était là avec nous autres. […]

Un matin, Nathalie se réveille et elle a le sourire en coin. Ça faisait plusieurs minutes que je la voyais faire. Elle me dit qu’elle a écrit un texte sur le confinement sur la mélodie de « Quand on est en amour ». Elle me l’a fait entendre et je lui ai dit qu’on devait la faire! Et c’était elle qui devait chanter parce que c’était son idée. On a pris nos deux guitares et on a scoré avec ça! Les gens ont vraiment aimé. On s’est rendu jusqu’à Salut Bonjour et jusqu’aux nouvelles. Jamais je n’aurais pensé que ça aurait pris cette ampleur-là et Nathalie non plus! Merci! S’il y a un mot qui fit avec moi, c’est ça, c’est reconnaissance!

Après 50 ans de carrière, plus d’une trentaine d’albums, des centaines de spectacles, quel est le secret pour rester aussi longtemps?

Je pense que c’est la vérité. Oui, le secret, c’est d’être vrai. Moi, c’est ma passion et je trouve mon bonheur dans la musique et tout ce qui vient avec. Si ça fait une différence, si minime soit-elle, dans la vie des gens, c’est une grande récompense. C’est un grand privilège aussi. Moi, c’est ça que je veux faire jusqu’à ma mort, j’ai pas trouvé autre chose qui me rendait plus heureux que ça. Alors, peut-être que les gens le ressentent? 

QUESTIONS EN RAFALE

Qu’aimez-vous le plus de votre métier? 

La musique, la guitare.

Qu’est-ce qui vous rend le plus heureux?

De pouvoir le faire encore.

De quoi êtes-vous le plus fier dans votre carrière?

Je suis fier d’avoir vécu la vie que j’ai vécu et je suis très fier d’être rendu où je suis aujourd’hui. Je suis fier de ce que je suis. Je suis en train de me débarrasser de tellement de choses, ça fait du bien d’être libre.

Décédé ou vivant, avec qui rêveriez-vous de monter sur scène?

Wow! Je ne suis pas capable de choisir! 

Quelle chanson ne vous lasserez-vous jamais d’écouter?

Il y en a plein! J’aime tellement Stardust. J’aime tellement A Whiter Shade Of Pain. J’aime tellement No Time To Cry. C’est une chanson qui m’a fait pleurer, même s’il y en a plusieurs qui me font pleurer! Il y a beaucoup de chefs-d’œuvre.

Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite?

Faire la une des nouvelles à 150 ans : Patrick Norman est décédé à 150 ans par un mari jaloux! On peut me souhaiter ça! Ha ha ha!

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