Entrevue avec Joëlle Bizier

16 avril 2020
Article : Annabelle Lacroix
Espace Country

L’auteure-compositrice-interprète Joëlle Bizier a récemment sorti son tout nouvel album « Tu me manques ». Son lancement-spectacle a malheureusement été annulé, mais elle a très hâte de reprendre le travail et d’offrir un lancement digne de ce non à tous ses fans! Nous avons eu la chance de lui parler pour discuter de l’album et de sa carrière.

Tout d’abord, comment se passe votre confinement?

En ce moment, je fais mon gros ménage de printemps. Je l’ai devancé un peu. Mais je me dis que, si le beau temps revient bientôt, au lieu d’être dans le ménage, je vais m’asseoir dehors!

Comment la musique country est-elle entrée dans votre vie?

Elle est entrée dans ma vie parce que mon père était musicien et chanteur. À quatre ans, je dansais la claquette un peu partout avec lui. J’avais toujours mon petit moment de gloire. Et ensuite, à l’âge de 7 ans, mon père travaillait sur la rive sud de Montréal à Saint-Mathias et ma mère m’avait fait apprendre une chanson de Petula Clark : « Personne ne veut mourir ». À tous les dimanches, j’allais danser la claquette avec mon père. Et un dimanche, ma mère a dit au guitariste de mon père que j’allais lui faire une surprise en chantant cette chanson. Mon père semblait dire : « Ben voyons donc ma ‘tite fille, tu danses la claquette, tu chantes pas! » Finalement, il est resté assez étonné. Ça a été ma première chanson à l’âge de 7 ans. 

Votre père était donc très impliqué dans la musique à ce moment-là?

Oui! Il s’appelle Eddy Bizier et il avait quelques albums. Il est toujours vivant, mais il ne fait plus de musique depuis la fin des années 1970. Il a tiré sa révérence. Et moi, j’ai continué de plus belle. De ma première chanson « Personne ne veut mourir » à mon dernier album, j’ai toujours continué dans cette voie-là.

Joëlle Bizier et Willie Lamothe

Joëlle Bizier et Jimmy C. Newman

Qu’est-ce que représente la musique country pour vous?

Elle représente ma vie, mes racines. Mon père aimait évidemment le country francophone, on disait du western à l’époque : Marcel Martel, Paul Brunel, Roger Miron. Ma mère elle, c’était plus les chanteurs à voix comme Fernand Gignac. Donc, à la maison, ils avaient chacun leur dimanche où ils contrôlaient la musique! Le dimanche de ma mère, on essayait d’aller jouer dehors! Et le dimanche du country, on écoutait! Mon père aimait le francophone, mais il écoutait quand même du Buck Owen. C’est là que mon admiration sans fin pour Buck Owen a commencé. 

Vous venez tout juste de sortir votre nouvel album « Tu me manques ». Pouvez-vous nous en parler?

Ça fait huit ans que je n’avais pas fait d’album. Je voulais, je ne voulais plus. Avec la chute des ventes d’albums, je me disais : « Pourquoi faire des albums quand une personne l’achète et 20 autres le copient…» J’étais un petit peu révoltée de tout ça. Mais c’est sûr que c’est mon outil de travail. On a la chance dans le country de pouvoir faire rouler un album longtemps. Sauf qu’un moment donné, il faut que tu en fasses un autre! C’est le pourquoi je l’ai fait. Mais avoir su, je l’aurais sorti l’an prochain ou l’année d’avant. Le timing est vraiment pas bon…

Quels sont les thèmes abordés dans l’album? Est-il personnel?

Non, l’album n’est pas vraiment autobiographique. La première chanson « C’est notre soirée », c’est un peu ce qui pouvait se passer dans le temps de mes parents : le samedi soir, mon père allait chercher ma mère pour aller danser. Il y a aussi « Lettre à mon enfant » : ça ne peut pas être moi, parce que si c’était moi, je ne serais pas là pour la chanter! « Tu me manques » est une chanson qui a rapport au suicide. Dans ma famille, j’ai des cousins qui malheureusement ont décidé de mettre fin à leur vie. J’ai des gens proches aussi à qui c’est arrivé. Cette chanson-là me touche un peu. Mais pour les autres, c’est plus un survol. C’est pour raconter des histoires d’autres personnes. Je ne suis pas vraiment autobiographie dans mes écritures.

Avec qui avez-vous collaboré?

Au niveau de l’écriture des paroles et de la musique, c’est tout moi. Ensuite, j’ai fait cet album-là avec Yannick Gravel à son studio. On est entré en octobre et on est sorti en janvier. Yannick, il joue de tous les instruments. Alors, on a fait ça tous les deux. J’en suis très fière. Mais malheureusement, mauvais timing pour le sortir. Mon lancement qui devait avoir lieu le 2 mai a été annulé. 

Ricky Skaggs et Joëlle Bizier

En attendant un nouveau lancement, où peut-on se procurer l’album? 

C’est par moi. On m’écrit en privé par Messenger via mon Facebook. Moi, je ne sors pas, mais mon conjoint sort souvent, car il travaille dans les services essentiels. Il poste mes albums tous les jours. Éventuellement, il sera probablement sur Itunes.

Qu’est-ce qui différencie l’album des précédents?

Mes albums sont tous différents, mais je dirais que les thèmes abordés dans celui-ci le différencie des précédents. Aussi, « Long voyage » est une chanson pour les danseurs. Ils vont aimer ça. Sur chaque album, j’ai toujours une chanson d’humour et j’ai respecté qui je suis! J’en ai fait une qui se nomme « Tu te prends pour qui ». Dans l’album, on me reconnaît. On reconnait mon écriture.

Paul Brunelle et Joëlle Bizier

Joëlle Bizier et Billy Ray Cyrus

Au courant de votre carrière, y a-t-il une personne qui vous a profondément marquée?

C’est sûr qu’à mes tous débuts, il y a eu mon père. Par la suite, j’ai eu la chance de côtoyer les grands, les pionniers comme Willie Lamothe et Bobby Hachey qui a été très près de moi et un excellent copain de travail. J’ai côtoyé tous ces gens-là. Au niveau de l’écriture, j’écris pour plein d’artistes dont Paul Daraîche! Et j’en oublie…

Justement, vous écrivez des textes pour de grands noms de la musique country comme les membres de la Famille Daraîche et Bobby Hachey. Est-ce que votre façon de créer est différente d’une personne à l’autre? 

Oui, c’est différent! Ça dépend de la commande que j’ai. Je vais prendre l’exemple de Paul Daraîche quand il s’est marié avec Johanne [Dubois] au début des années 2000. Je savais que tout le monde allait écrire quelque chose à Paul. Alors, je me suis dit tiens que j’allais écrire un mot à Johanne. J’ai écrit « Dans ta robe blanche ». Je m’adressais à elle directement en lui disant, par exemple, qu’elle était la plus belle fleur du jardin de la vie de Paul. Quelques mois après, Paul m’a appelé et m’a dit qu’il aimerait faire une chanson avec le texte. Il m’a demandé d’adapter le texte pour que ce soit lui qui parle à Johanne et il a ensuite composé la musique. J’aime beaucoup personnaliser les chansons pour quelqu’un. Je me compare un peu à une couturière qui ajuste des pantalons sur mesure pour chaque personne. J’écris mes chansons sur mesure. C’est ma manière d’écrire. Mais, que j’écrive une chanson pour un artiste qui chante depuis hier ou pour un artiste qui chante depuis 40 ans, je n’écrirai pas moins bien pour un nouveau. Je me respecte dans mon écriture. 

Pouvez-vous nous décrire votre endroit de création? 

Quand j’écris officiellement un album, je m’enferme dans ce que j’appelle « ma chambre de torture » : ma pièce arrière où je peins et où je fais plein de choses différentes. Je m’enferme là avec mon piano et j’écris. Mais des textes, je peux en écrire à longueur d’années. J’enregistre sur mon cellulaire ou j’écris ce qui me passe par la tête. Ça peut être n’importe où du moment qu’il y ait une idée : sur ma balançoire l’été dehors, sur le bord d’un lac, en vacances dans le sud… Quand j’ai une idée, j’écris.

Joëlle Bizier et Willie Nelson

Bobby Hachey et Joëlle Bizier

Questions en rafale

Qu’aimez-vous le plus de votre métier?
Le public. 

Au niveau professionnel, que rêvez-vous de faire que vous n’avez pas encore fait?
Un vidéoclip.

Quel est l’événement le plus important de votre carrière?
Je dirais que c’est la chance d’avoir pu côtoyer les Bobby Hachey et les Willie Lamothe. 

Décédé ou vivant, avec qui rêvez-vous d’écrire une chanson?
J’aurais aimé écrire avec Charles Aznavour, mêler mes paroles aux siennes. Il écrivait très bien. Si on reste dans le country, j’aurais bien aimé écrire avec Merle Haggard.

Où rêvez-vous d’aller jouer de la musique?
Peut-être à Nashville… L’Europe aussi parce que c’est français et que je peux amener ma culture.

De quoi êtes-vous la plus fière dans votre carrière?
De mes écrits, de mes chansons.

Joëlle Bizier et Willie Nelson

Bobby Hachey et Joëlle Bizier

En terminant, même si l’avenir est incertain ces temps-ci, qu’est-ce qui s’en vient pour vous?

C’est sûr qu’à long terme, c’est difficile de visualiser avec tout ce qui se passe en ce moment. Mais ce que j’ai hâte, c’est vraiment de pouvoir faire un lancement et la tournée de promotion de l’album. J’ai hâte de reprendre le travail, les spectacles et tout ça! 

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